1008 FLAMBEAUX
 Vies et  Ecrits des Vaisnavas en Langue Française

vancha-kalpatarubhyas ca krpa-sindhubhyas ca
patitanam pavanebhyo vaisnavebhyo namo namah

« Je  rends mon hommage respectueux à tous les vaisnavas; les dévots du Seigneur. Comme l'arbre-à-souhaits, ils peuvent combler les désirs de chacun, et débordent de compassion pour les âmes déchues. »

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Actualités

 

" LA PRESENCE DE DIEU, EN CE MONDE ET DANS L'AUTRE"

Rencontre Interreligieuse dans l’Indre, du 4 au 6 avril 2008

 (par Gaurangi dasi et Vrisakriti dasa) 

V    Y   Z   \

Une étape importante de l'Interreligieux du Yatra français a été franchie lors de la récente rencontre qui s’est déroulée à la Nouvelle Mayapura, début avril. D'emblée on peut déclarer qu'elle a été un franc succès, en particulier quant à la belle atmosphère d'appréciation et d'amitié réciproque - à la fois entre les divers intervenants et avec l'auditoire - ce qui fut très plaisant et encourageant. Encore des " petits cailloux dans l'eau " qui forment des cercles d'ondes concentriques dont on ne sait jusqu'à quels rivages ils iront porter ce message  d'espoir et d'ouverture. 

Ce rassemblement, organisé à l’initiative de quelques dévots de la Nouvelle Mayapoura, fut préparé en étroite collaboration avec Madame Jacqueline Casari, pilier des rencontres interreligieuses de Châtillon sur Indre et Raymond Le Provost, membre actif de la paroisse d'Ecueillé et proche des dévots. L’idée vint surtout de Chaitanya Svarupa dasa, qui avait un grand désir d'inviter plusieurs des intervenants, qu’il connaissait déjà, et il mit tout en œuvre pour les accueillir, en invitant les prêtres du voisinage, en particulier le Père Thierry Massé, Doyen de la paroisse de Châtillon sur Indre. Du côté des dévots, il faut citer Lalita Madhava das, qui participe depuis quelques années aux réunions interreligieuses locales, tout comme Patrick Tahon, surtout avant qu'il ne s’installe au Temple de Radhadesh, en Belgique, voici environ une année ; Chaitanya Svarupa, déjà cité, et Vrisakriti dasa, disciple de Shrila Prabhupada, lui aussi engagé depuis longtemps dans l’interreligieux et qui vient de quitter l’Ariège, où durant 6 années il a représenté notre tradition aux rencontres mensuelle à l’Évêché de Pamiers ; il a soutenu le projet et confectionné affiches et dépliants, afin que l’évènement soit annoncé le plus largement possible.

Les intervenants représentaient les quatre grandes religions monothéistes : le Rabbin Gabriel Hagaï, pour le Judaïsme orthodoxe et mystique, Olivier Sayadi, Juif messianique, enseignant à la communauté juive de Jérusalem à Paris, Qaïs Assef, pour le Soufisme et l'Islam, le Père Thierry Massé et le Père Pascal Plouvin (de la paroisse de Buzançais) pour le Christianisme, Vrisakriti et Chaitanya Svarupa pour le Vaishnavisme. Pris par sa charge, le Père Thierry ne pu participer qu'à la session du vendredi soir, à laquelle il vint accompagné de quelques fidèles de sa paroisse. Et n’oublions pas Sabine Le Blanc, chrétienne et professeur d'enseignement général à Paris. Sur les trois jours, une quarantaine de personnes assistèrent au colloque, près de la moitié d’entre étant des dévots de Krishna, résidents du temple ou des environs.


Vendredi : une  soirée stimulante !

La rencontre débuta avec un peu de retard, dès l’arrivée des intervenants venus de Paris. Ce fut d’abord  une brève présentation des participants par Bhakta Patrick, puis une évocation du projet Maitreya, qui souhaite installer de petits ermitages à proximité de la Nouvelle Mayapoura. Raymond poursuivit par un historique des rencontres mensuelles au temple (qui ont débuté il y a trois ans) et Madame Casari évoqua celui des réunions à Châtillon (les dévots y ont participé plusieurs fois, mais jamais en tant qu'intervenants). Lalita Madhava, pujari du Temple, dit quelques mots sur le choix du thème et Chaitanya Svarupa donna le ton à cette rencontre en traduisant de l'anglais un texte écrit par un habitant du Radha-kunda à l’occasion d'une autre rencontre interreligieuse : « La plupart des gens sont confus parce qu'ils ne regardent que les activités extérieures d'une religion. S'ils allaient plus profondément ils réaliseraient que les activités (des diverses religions) sont différentes, mais que leur but est toujours le même : exprimer l'amour de Dieu ». 

Chacun des orateurs principaux fit alors une petite présentation en rapport avec le thème de la rencontre : la présence de Dieu en ce monde  et dans l'autre - à la suite de laquelle les autres intervenants, puis le public, étaient invités par Raymond à " rebondir ". Celui-ci tint son rôle d'animateur de façon discrète, ce que le petit nombre de personnes présentes rendait possible. Dans le cadre de ce bref exposé, il est bien sûr impossible de relater tout ce qui s'est dit, par conséquent seules quelques phrases, interventions ou questions seront retenues. Le Père Massé fit une présentation classique et simple : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné Son propre fils, le Messie. La présence de Dieu est réalisée en lisant et méditant sur la parole de l'Evangile, dans le sacrement de l'Eucharistie, dans les actes de charité fraternelle et l'amour des uns pour les autres. » À la question de Gaurangi : « Si Dieu est omnipotent et si miséricordieux, je n'arrive pas à comprendre pourquoi Il n'a qu'un seul fils ! Et avant la venue de Jésus-Christ, comment les âmes étaient-elles sauvées ? » il répondit de façon assez vague, qui ne la satisfit pas vraiment. Le Rabbin Gabriel parla de la présence du divin dans le maître, Olivier du fait que Jésus « vient en ce monde, mais n'est pas de ce monde », Vrisakriti du prasadam, de la mûrti, du sanatana dharma et des représentants que Dieu nous envoie pour nous guider. Qaïs, qui ne se considère pas très pratiquant, déclara que ce n'est pas tant « nous qui allons vers Dieu, que Lui qui vient vers nous ». A  plusieurs reprises, il parla de l'importance de laisser l'égo de côté, ce que les vaishnavas appellent l'ahankara, la fausse identification avec notre corps et notre mental présent, qui ne sont que temporaires. Selon lui, chaque religion présente trois niveaux, le niveau culturel, le niveau cultuel, et enfin le niveau spirituel, celui de l'absolu, de la vérité et des mystiques. Il est donc préférable de ne pas essayer de comparer les différentes formes des diverses religions, insista-t-il. Sabine compara la réalisation spirituelle en vue d’atteindre la vie éternelle à « un enfantement ». Plusieurs intervenants et membres du public firent des commentaires intéressants sur le doute, qui n'est pas toujours statique ou négatif et qui n'indique pas forcément un manque de croyance, mais plutôt une inquiétude, une étape de purification : « la nuit de la foi », car après tout, seul celui qui vit la présence de Dieu peut aussi en vivre l'absence, et en souffrir.

À 22 h 30, beaucoup se montrèrent enthousiastes pour accompagner nos invités dans la grande pièce où ils résidaient afin de partager « la présence de Dieu » sous Sa forme de nourriture consacrée. Comme le vendredi soir correspond au début du Sabbat, Gabriel Hagaï entama de belles prières en hébreu afin de sanctifier le pain et le jus de raisin, qui, par respect pour les Vaishnavas, avait ce soir-là remplacé le vin traditionnel. Et bientôt tous se retrouvèrent en train de danser autour de la table et du rabbin, tout en frappant des mains au rythme des mridangas, puis partagèrent un prasadam simple et délicieux, dans une ambiance fraternelle. Finalement, vers minuit, quelqu'un suggéra qu'on aille « faire l'expérience de la présence du Seigneur dans notre sommeil », nos intervenants ayant besoin de se reposer avant d’entamer la journée du lendemain, qui s’annonçait intense.

Un jour de Sabbat, honoré par des échanges fructueux

YLe samedi matin, Gabriel Hagaï fut le premier à prendre la parole. Il évoqua la Shekinah, mot féminin qui indique la présence de Dieu. Rappelons qu'il n'est pas un rabbin ordinaire, vu qu’il appartient à la tradition mystique du judaïsme. Le but de la majorité des écoles rabbiniques, nous dit-il, est de former des rabbins, qui doivent étudier et connaître la loi, ce qui est très technique et fort complexe, tandis que la spiritualité est souvent négligée. Il existe seulement quelques écoles rabbiniques qui incluent la mystique dans leur cursus. Dieu est partout, mais on ne peut pas apprécier Sa présence à cause de notre " moi " qui est trop fort. Il faut donc mettre Dieu, et non notre " moi " - relatif, mais tout de même bien utile en ce monde - au centre du sanctuaire de notre cœur. L'un des buts de l'homme en ce monde est de révéler sa divinité, jusqu'à ce qu'il devienne « partenaire de Dieu dans Sa création ». Le but de la vie humaine est d'élever la matière et de retrouver la divinité dans celle-ci, la création, les animaux, etc. Il mentionna aussi que le jour du Sabbat, au nom de ce principe, les juifs doivent d'abord nourrir leurs animaux avant de se nourrir eux-mêmes. Une des manières d'élever la matière est de se nourrir de façon spirituelle, pour aussi élever l'âme. Nos actes de purification ont aussi pour but de changer nos états de conscience. Dans la tradition juive, seuls les Kabbalistes croient en la réincarnation, qu'ils considèrent comme étant « la miséricorde ultime de Dieu », qui donne ainsi aux âmes une autre chance d'atteindre le salut.

ZPuis ce fut le tour de Qaïs Assef de parler selon le point de vue des soufis, surtout d'après son expérience et son vécu personnel, un point qu'il répéta à plusieurs reprises. Il nous donna une vision fraîche de la signification du mot kafir (infidèle) : est infidèle celui qui oublie Dieu et qui il est. Le mot vient de la racine arabe kafala, qui se réfère à un paysan qui plante et cache la graine sous la terre. Pour les sages musulmans, les infidèles ne sont pas seulement les chrétiens, mais aussi tout musulman qui oublie Dieu, pourtant partout présent, et se Le cache. Chaque « croyant » peut donc être simultanément un infidèle ! Ce qui empêche l'homme de prendre conscience de Dieu, c'est son désir de contrôler, ainsi que l'oubli, causé par le mental. Être musulman signifie « lâcher le contrôle ». Le prophète Mahomet a dit qu'il y a « des milliers de voiles entre nous et Dieu. Parfois cependant, les voiles s'écartent, il y a des moments d'éveil où on peut voir le soleil ». La présence divine se manifeste à travers tous les êtres, pour nous permettre d'avancer. Quand un musulman fait un acte, il dit toujours " Bismillah " (au nom de Dieu : j'agis au nom de Dieu qui m'a confié cette terre pour en prendre soin), puis ensuite il doit ajouter : Inch Allah (« si Dieu le veut », car ultimement le résultat dépend de Lui).

\Vrisakriti mit l'accent sur la connaissance descendante et le fait « de percevoir Dieu à travers les Ecritures » (sastra caksu) nos yeux et nos sens mortels ne pouvant L’appréhender directement. Il souligna que les textes sacrés vaishnavas (sâstras) décrivent trois aspects à la réalisation de Dieu : d’abord le Brahman impersonnel, le Paramâtma localisé dans le cœur de chacun et finalement Bhagavan, la Personne Suprême, dotée de toutes les opulences à un niveau infini et vivant éternellement en Son Royaume spirituel où Il Se divertit avec ses dévots et amis. Le Vaishnavisme est plus qu'une religion, c'est une science spirituelle, qui apporte beaucoup d'informations sur Dieu, Ses énergies et Ses manifestations. C’est une part importante du « patrimoine spirituel de l’humanité » dont chacun, sans renier sa foi d’origine, peut prendre avantage pour avancer vers une meilleure connaissance de Dieu. Il décrivit ensuite la bhakti - le service d'amour offert à Dieu - comme étant l'occupation éternelle de l'âme, " bhakti " venant de la racine sanskrite bhaj, qui indique le fait de donner et de recevoir en retour, dans une relation affective. Et il termina par une requête auprès des autres intervenants pour qu’ils dépassent l’idée communément admise qu’il n’y aurait que … trois monothéismes et trois religions du livre, quand à la fois le culte pluri-millénaire à Krishna et nos écrits sacrés comptent parmi les plus anciens de la planète, ce qui fut accueilli favorablement par chacun.

Sabine Le Blanc évoqua ensuite « Dieu en ce monde » par le biais de la métaphore de l'enfantement, introduisant ainsi le thème du féminin, trop souvent négligé dans les religions patriarcales. Dieu est Père et Mère ; la Shekinah parle de la présence divine au féminin. L'Adam originel est un être complet qui unifie le masculin et le féminin, et les harmonise. L'homme (et la femme) doit redevenir l'homme originel, un enfant avec un regard neuf, pas encore abîmé par l'ego, l'illusion et les déceptions. C'est une vision pauvre de croire que nos épreuves sont « une punition de Dieu », alors qu'elles sont une rectification destinée à nous aider à nous enfanter nous-mêmes. Selon elle, il y a trois niveaux de conscience de l'humanité : la Loi (Moïse), l'Amour (Jésus) et la purification intérieure (Mahomet). Puis elle se référa au livre " Sous le soleil de Satan ", où l’auteur écrit que « parce que les hommes se sont sentis indignes de l'amour de Dieu, ils ont choisi Sa haine ».

YOlivier Sayadi, juif messianique féru du dialogue interreligieux, était plus intéressé sur la façon pour les hommes de créer des liens entre eux, en mettant Dieu au centre. Il mit en lumière une contradiction existante dans le cœur des gens : ils ont besoin du religieux et du spirituel, mais en même temps, ont souvent peur que ces derniers se manifestent dans la sphère publique. Le fidèle peut ne pas terminer le travail spirituel qui lui incombe, mais il doit s'inscrire dans une continuité entre le passé et le futur. Il doit faire en sorte que le monde futur (spirituel) advienne ici-bas, en ce monde. Les religions doivent s'efforcer de résoudre les problèmes du monde, tels que l'écologie, les guerres et les multiples tensions, etc. C'est à ce moment-là que Cédric, résident de la Nouvelle Mayapura, très " hairy Krishna " (avec ses cheveux style rasta) présenta une brochure sur le végétarisme faite par un groupe chrétien ; selon eux, si plus de gens adoptaient ce choix de vie il serait facile de résoudre nombre des problèmes majeurs de notre temps : la faim dans le monde, la violence, les dégâts causés à l’environnement, etc. Ce qui provoqua un brin d’irritation chez certains, ce débat étant pour eux un peu … hors-sujet dans ce contexte. Dans le courant de l'après-midi, Mathura Vrindavana fit une suggestion très pratique qui améliora la dynamique du groupe pour le restant de la rencontre en proposant de former « un cercle » incluant les conférenciers et le public, effaçant ainsi la distinction entre ceux qui faisaient des présentations et ceux qui les écoutaient où posaient des questions. Après quoi le nombre des interventions augmenta, ce qui enrichit d’autant les échanges et qui rapprocha les divers participants. 

VVers les 16 h arriva un autre intervenant, le Père Pascal Plouvin, prêtre catholique à Buzançay, une petite ville distante de 30 kms. Le Messie, dit-il, est venu d'une façon attendue et inattendue en même temps. Dieu s'est adapté à nous pour que nous puissions nous adapter à Lui. Il parla de la présence de Dieu dans l'Eucharistie, lorsque deux ou trois croyants sont réunis en son Nom, et aussi dans l'icône ou l'image.

\Bien que Vrisakriti ait présenté de façon experte maints aspects de la philosophie de la Conscience de Krishna, en s’appuyant sur des passages de la Bhagavad-gita, je restais un peu sur ma faim, car j'aurais désiré qu'il parle d’un aspect spécifique du Vaishnavisme, la présence de Dieu dans l'arca-vigraha, les mûrtis sur l'autel. Il m'invita plutôt à en parler moi-même, ce qui m'enchanta. Finalement j'avais l'occasion de présenter des éléments très concrets et palpables, quoique en général mal compris du public, sur la présence de la Personne Suprême dans une forme que l'on peut voir, toucher, habiller, nourrir, etc.

Je décrivis comment cette forme, apparemment matérielle, ne l'est pas, et qu'en fait Elle agit. Il se passe des choses mystiques sur l'autel quand on offre à Krishna une assiette de riz brûlé et qu'on la retrouve renversée, quand on Lui sert un bol de dahl (soupe au soja) et que la moitié a disparu, ou quand on ne donne qu'une part de gâteau à deux mûrtis et qu'on les retrouve recouvertes de miettes et de crème, comme si elles  S'étaient disputé le seul morceau délectable ! Comme l'avait dit notre ami Soufi, Dieu est évoqué à travers Ses attributs, qui sont contenus dans Ses 99 saints Noms, le Sage et le Puissant en même temps, la Lumière, le Réel, le Clairvoyant, etc. Je constatais que ces fervents croyants des autres traditions évoquaient eux aussi les attributs de Dieu, Ses qualités, et même certaines parties de Son corps, sans cependant franchir le pas et parler de Sa forme et de Sa personnalité. J'avais moi aussi envie d'enlever quelques voiles, et même si mes récits furent perçus par certains comme " folkloriques ", ils eurent le mérite de susciter le désir d'avoir le dimanche un débat sur l'idolâtrie, qui fut d'ailleurs très intéressant.  

Un peu après 17 h, alors que les rideaux de l'autel étaient ouverts et qu'Adishekar chantait un maha-mantra mélodieux pour le plaisir des mûrtis, le groupe d'intervenants et de participants fut invité à se rendre dans le Temple, où ils virent les Formes merveilleuses de Dieu et de Ses compagnons, même s'ils ne purent pas encore pleinement saisir cette « présence réelle » de Dieu, pourtant manifesté ainsi au regard de tous. De retour dans le salon, un dialogue animé continua jusqu'aux alentours de 19 h. À un moment donné, les deux intervenants juifs s’étant engagés dans une sorte d'argument, chacun  défendant avec fougue son opinion, quelqu'un mit une touche d'humour en citant un dicton célèbre :  « deux juifs, trois opinions ! » ce qui fit bien rire l’assemblée. Le prasadam du soir mis tout le monde d’accord : sous cette forme, Krishna satisfait tout le monde, qu’il soit croyant ou pas !

Ce n'est qu'un au revoir, mes frères ...

Après la visite du Temple la veille, assez surprenante pour plusieurs des intervenants, il était utile de revenir sur ce sujet pour expliciter notre façon d’adorer Dieu en Le servant de façon très proche et très personnelle sur l’autel. La rencontre du dimanche commença donc par une longue discussion sur le thème de « l'idolâtrie ». Notre ami musulman en donna une définition simple : « Allah signifie à la fois le vrai et le réel, et l'idolâtrie est tout ce qui se situe en dehors de la réalité, y compris nos conceptions mentales. Toute conception de Dieu est idolâtre quand elle n'est pas expérimentée ! La première chose que fit le prophète Mahomet en allant reconquérir Médine fut d'aller casser toutes les idoles de la Kabbah car, dans le temple de Dieu, on ne peut L'adorer avec d'autres dieux ». Je profitais de cette référence pour introduire le point de vue de la Bhagavad-gita et du Vaishnavisme, pour qui l'idolâtrie signifie aussi adorer quelqu'un d'autre que Dieu, la Personne Suprême et repris quelques points faits  par Satyaraja dasa dans un excellent article, traduit en français, sur ce sujet et dans lequel il démontre,  avec force citations bibliques à l'appui, que Dieu ne condamne pas le fait de L’adorer dans Sa forme originelle et transcendantale. Pourquoi la Bible rendrait-elle à ce point les lecteurs confus en présentant de façon répétée un Dieu ayant une forme, si en réalité Il n'en a pas ? Il s'agirait là d'une métaphore des plus dangereuses. Les mystiques de toutes les traditions religieuses admettent l'existence de la forme de Dieu, même sans en donner une description détaillée. Olivier Sayadi intervint alors pour avouer avoir été choqué, la veille, en entendant dire qu'on donnait à manger à Dieu, qu'on L'habillait, etc., ce qui pour lui exprimait la tendance anthropomorphique à vouloir concevoir Dieu de la façon dont on perçoit  l'homme. Il dit qu'on pouvait passer de l'adoration à l'idolâtrie, et inversement. Selon le Talmud, si l’on voit un idolâtre prier son idole, il convient de le laisser faire, mais ensuite d’en discuter avec lui. Pour Maimonide, l'idolâtrie est présente lorsqu'on prend un moyen pour un but ; d’après ce grand penseur, lorsqu'on s'attache à une forme matérielle, ou même spirituelle, on est dans l'idolâtrie et on ne progresse plus. Mais si le moyen et le but étaient la même chose, suggéra quelqu'un ? Je profitais de la courte pause qui s’ensuivit pour distribuer à la cantonade l'article de Satyaraja, que j’avais au préalable pris la peine de photocopier.

\Vrisakriti expliqua ensuite que Dieu Se révèle dans Sa forme et à travers Ses différents Noms ; il cita plusieurs versets de  la Bhagavad-gita, en particulier les versets 5 et 6 du chapitre II, où Krishna précise que le chemin de l'impersonnaliste - celui qui s'attache au non-manifesté - est une voie très difficile pour l'âme incarnée. Madhvacarya posa ensuite une question sur la transsubstantiation, à laquelle il répondit d'ailleurs lui-même : « Qu'est-ce qui fait que l'hostie change pendant l'eucharistie ? L'hostie est tout d’abord une représentation symbolique, tout comme une idole, puis après l’offrande elle devient … le corps du Christ !  

Il y a alors une magie transcendantale qui s'opère. Dieu a la capacité de s'incarner dans l'hostie, ou dans la mûrti ». Martine mentionna qu’avant de pouvoir recevoir l'Eucharistie (que quelqu'un compara à un zoom pour percevoir Dieu) un nouveau converti doit suivre une préparation d’environ un an et demi. Chaitanya Svarupa relata ensuite une anecdote personnelle qui se produisit il y a quelques années avec les mûrtis du temple de Paris. Étant alors pujari, c’est lui qui assurait l'offrande de midi aux mûrtis, or un jour il advint qu’il oublia de Leur servir le mets principal, le subji (une sorte de ratatouille de légumes) et lorsqu’il s’en aperçut, il n'en parla à personne. Le lendemain le chef pujari vint le voir et lui raconta son rêve, dans lequel Krishna lui était apparu pour lui dire qu'Il avait faim, car la veille Il n'avait pas eu son subji» ! Alors comment, dans ces conditions, peut-on encore croire que ces mûrtis ne sont que de simples « statues », des représentations symboliques, dénuées de vie ?

YPour la dernière partie de la rencontre, deux membres de la Tribu d'Israël se joignirent à nous, Israël et son épouse Myriam. Le thème initialement prévu pour la discussion du dimanche matin : « Chaque bébé humain est un fidèle potentiel de chaque religion », fut quelque peu contesté et reformulé, mais il donna néanmoins lieu à des échanges intéressants sur l'importance de la famille et l'exemplarité des parents, car l'enfant perçoit tout d'abord Dieu et le divin dans le comportement de ses parents ; étant un radar de vérité, l'enfant capte facilement l'hypocrisie des adultes. Les participants parlèrent du rôle de l'éducation, de l'importance de donner une formation religieuse à l'enfant, tout en lui faisant connaître et respecter d'autres traditions religieuses et en lui laissant le choix de sa propre voie. Quand l'enfant naît, dit Olivier, il porte en lui toutes les possibilités pour être « un messie » et devenir un homme universel.

À 13h 30, Raymond amena la conclusion de la discussion … et du week-end, par une petite prière et il remercia chaleureusement les intervenants qui devaient rentrer sur Paris, après le dernier partage de prasadam. Les échanges amicaux continuèrent encore pendant le repas et se lever pour repartir vers la capitale (et les bouchons du dimanche soir) leur demanda un effort particulier. Une rencontre n'étant jamais complète sans sa photo de groupe, celle-ci fut prise au soleil, devant les jardins. 

Tous étaient très satisfaits de cette rencontre, des liens de fraternité s'étaient établis et ce fut la première Rencontre Interreligieuse dans le Berry où les dévots de Krishna purent présenter le Vaishnavisme à leur pleine satisfaction. Finalement on ne parla que fort peu de la présence de Dieu … dans l'autre monde, ce qui pourrait donc servir de thème … à une prochaine rencontre ! 

V    Y   Z   \