(par Gaurangi dasi et
Vrisakriti dasa)
V
Y
Z
\
Une étape importante de
l'Interreligieux du Yatra français a été franchie lors de la récente
rencontre qui s’est déroulée à la Nouvelle Mayapura, début avril.
D'emblée on peut déclarer qu'elle a été un franc succès, en
particulier quant à la belle atmosphère d'appréciation et d'amitié
réciproque - à la fois entre les divers intervenants et avec
l'auditoire - ce qui fut très plaisant et encourageant. Encore des "
petits cailloux dans l'eau " qui forment des cercles d'ondes
concentriques dont on ne sait jusqu'à quels rivages ils iront porter
ce message d'espoir et d'ouverture.
Ce
rassemblement, organisé à l’initiative de quelques dévots de la
Nouvelle Mayapoura, fut préparé en étroite collaboration avec Madame
Jacqueline Casari, pilier des rencontres interreligieuses de
Châtillon sur Indre et Raymond Le Provost, membre actif de la
paroisse d'Ecueillé et proche des dévots. L’idée vint surtout de
Chaitanya Svarupa dasa, qui avait un grand désir d'inviter plusieurs
des intervenants, qu’il connaissait déjà, et il mit tout en œuvre
pour les accueillir, en invitant les prêtres du voisinage, en
particulier le Père Thierry Massé, Doyen de la paroisse de Châtillon
sur Indre. Du côté des dévots, il faut citer Lalita Madhava das, qui
participe depuis quelques années aux réunions interreligieuses
locales, tout comme Patrick Tahon, surtout avant qu'il ne s’installe
au Temple de Radhadesh, en Belgique, voici environ une année ;
Chaitanya Svarupa, déjà cité, et Vrisakriti dasa, disciple de Shrila
Prabhupada, lui aussi engagé depuis longtemps dans l’interreligieux
et qui vient de quitter l’Ariège, où durant 6 années il a représenté
notre tradition aux rencontres mensuelle à l’Évêché de Pamiers ; il
a soutenu le projet et confectionné affiches et dépliants, afin que
l’évènement soit annoncé le plus largement possible.
Les intervenants
représentaient les quatre grandes religions monothéistes : le Rabbin
Gabriel Hagaï, pour le Judaïsme orthodoxe et mystique, Olivier
Sayadi, Juif messianique, enseignant à la communauté juive de
Jérusalem à Paris, Qaïs Assef, pour le Soufisme et l'Islam, le Père
Thierry Massé et le Père Pascal Plouvin (de la paroisse de
Buzançais) pour le Christianisme, Vrisakriti et Chaitanya Svarupa
pour le Vaishnavisme. Pris par sa charge, le Père Thierry ne pu
participer qu'à la session du vendredi soir, à laquelle il vint
accompagné de quelques fidèles de sa paroisse. Et n’oublions pas
Sabine Le Blanc, chrétienne et professeur d'enseignement général à
Paris. Sur les trois jours, une quarantaine de personnes assistèrent
au colloque, près de la moitié d’entre étant des dévots de Krishna,
résidents du temple ou des environs.
Vendredi : une soirée stimulante !
La rencontre débuta avec
un peu de retard, dès l’arrivée des intervenants venus de Paris. Ce
fut d’abord une brève présentation des participants par Bhakta
Patrick, puis une évocation du projet Maitreya, qui souhaite
installer de petits ermitages à proximité de la Nouvelle Mayapoura.
Raymond poursuivit par un historique des rencontres mensuelles au
temple (qui ont débuté il y a trois ans) et Madame Casari évoqua
celui des réunions à Châtillon (les dévots y ont participé plusieurs
fois, mais jamais en tant qu'intervenants). Lalita Madhava, pujari
du Temple, dit quelques mots sur le choix du thème et Chaitanya
Svarupa donna le ton à cette rencontre en traduisant de l'anglais un
texte écrit par un habitant du Radha-kunda à l’occasion d'une autre
rencontre interreligieuse : « La plupart des gens sont confus parce
qu'ils ne regardent que les activités extérieures d'une religion.
S'ils allaient plus profondément ils réaliseraient que les activités
(des diverses religions) sont différentes, mais que leur but est
toujours le même : exprimer l'amour de Dieu ».
Chacun
des orateurs principaux fit alors une petite présentation en rapport
avec le thème de la rencontre : la présence de Dieu en ce
monde et dans l'autre - à la suite de laquelle les autres
intervenants, puis le public, étaient invités par Raymond à "
rebondir ". Celui-ci tint son rôle d'animateur de façon discrète, ce
que le petit nombre de personnes présentes rendait possible. Dans le
cadre de ce bref exposé, il est bien sûr impossible de relater tout
ce qui s'est dit, par conséquent seules quelques phrases,
interventions ou questions seront retenues. Le Père Massé fit une
présentation classique et simple : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il
a donné Son propre fils, le Messie. La présence de Dieu est réalisée
en lisant et méditant sur la parole de l'Evangile, dans le sacrement
de l'Eucharistie, dans les actes de charité fraternelle et l'amour
des uns pour les autres. » À la question de Gaurangi : « Si Dieu est
omnipotent et si miséricordieux, je n'arrive pas à comprendre
pourquoi Il n'a qu'un seul fils ! Et avant la venue de Jésus-Christ,
comment les âmes étaient-elles sauvées ? » il répondit de façon
assez vague, qui ne la satisfit pas vraiment. Le Rabbin Gabriel
parla de la présence du divin dans le maître, Olivier du fait que
Jésus « vient en ce monde, mais n'est pas de ce monde », Vrisakriti
du prasadam, de la mûrti, du sanatana dharma et
des représentants que Dieu nous envoie pour nous guider. Qaïs, qui
ne se considère pas très pratiquant, déclara que ce n'est pas tant
« nous qui allons vers Dieu, que Lui qui vient vers nous ». A
plusieurs reprises, il parla de l'importance de laisser l'égo de
côté, ce que les vaishnavas appellent l'ahankara, la fausse
identification avec notre corps et notre mental présent, qui ne sont
que temporaires. Selon lui, chaque religion présente trois niveaux,
le niveau culturel, le niveau cultuel, et enfin le niveau spirituel,
celui de l'absolu, de la vérité et des mystiques. Il est donc
préférable de ne pas essayer de comparer les différentes formes des
diverses religions, insista-t-il. Sabine compara la réalisation
spirituelle en vue d’atteindre la vie éternelle à « un
enfantement ». Plusieurs intervenants et membres du public firent
des commentaires intéressants sur le doute, qui n'est pas toujours
statique ou négatif et qui n'indique pas forcément un manque de
croyance, mais plutôt une inquiétude, une étape de purification :
« la nuit de la foi », car après tout, seul celui qui vit la
présence de Dieu peut aussi en vivre l'absence, et en souffrir.
À 22 h 30, beaucoup se
montrèrent enthousiastes pour accompagner nos invités dans la grande
pièce où ils résidaient afin de partager « la présence de Dieu »
sous Sa forme de nourriture consacrée. Comme le vendredi soir
correspond au début du Sabbat, Gabriel Hagaï entama de belles
prières en hébreu afin de sanctifier le pain et le jus de raisin,
qui, par respect pour les Vaishnavas, avait ce soir-là remplacé le
vin traditionnel. Et bientôt tous se retrouvèrent en train de danser
autour de la table et du rabbin, tout en frappant des mains au
rythme des mridangas, puis partagèrent un prasadam simple et
délicieux, dans une ambiance fraternelle. Finalement, vers minuit,
quelqu'un suggéra qu'on aille « faire l'expérience de la présence du
Seigneur dans notre sommeil », nos intervenants ayant besoin de se
reposer avant d’entamer la journée du lendemain, qui s’annonçait
intense.
Un jour de Sabbat, honoré par des échanges fructueux
YLe
samedi matin, Gabriel Hagaï fut le premier à prendre la parole. Il
évoqua la Shekinah, mot féminin qui indique la présence de
Dieu. Rappelons qu'il n'est pas un rabbin ordinaire, vu qu’il
appartient à la tradition mystique du judaïsme. Le but de la
majorité des écoles rabbiniques, nous dit-il, est de former des
rabbins, qui doivent étudier et connaître la loi, ce qui est très
technique et fort complexe, tandis que la spiritualité est souvent
négligée. Il existe seulement quelques écoles rabbiniques qui
incluent la mystique dans leur cursus. Dieu est partout, mais on ne
peut pas apprécier Sa présence à cause de notre " moi " qui est trop
fort. Il faut donc mettre Dieu, et non notre " moi " - relatif, mais
tout de même bien utile en ce monde - au centre du sanctuaire de
notre cœur. L'un des buts de l'homme en ce monde est de révéler sa
divinité, jusqu'à ce qu'il devienne « partenaire de Dieu dans Sa
création ». Le but de la vie humaine est d'élever la matière et de
retrouver la divinité dans celle-ci, la création, les animaux, etc.
Il mentionna aussi que le jour du Sabbat, au nom de ce principe, les
juifs doivent d'abord nourrir leurs animaux avant de se nourrir
eux-mêmes. Une des manières d'élever la matière est de se nourrir de
façon spirituelle, pour aussi élever l'âme. Nos actes de
purification ont aussi pour but de changer nos états de conscience.
Dans la tradition juive, seuls les Kabbalistes croient en la
réincarnation, qu'ils considèrent comme étant « la miséricorde
ultime de Dieu », qui donne ainsi aux âmes une autre chance
d'atteindre le salut.
ZPuis
ce fut le tour de Qaïs Assef de parler selon le point de vue des
soufis, surtout d'après son expérience et son vécu personnel, un
point qu'il répéta à plusieurs reprises. Il nous donna une vision
fraîche de la signification du mot kafir (infidèle) : est
infidèle celui qui oublie Dieu et qui il est. Le mot vient de la
racine arabe kafala, qui se réfère à un paysan qui plante et
cache la graine sous la terre. Pour les sages musulmans, les
infidèles ne sont pas seulement les chrétiens, mais aussi tout
musulman qui oublie Dieu, pourtant partout présent, et se Le
cache. Chaque « croyant » peut donc être simultanément un infidèle !
Ce qui empêche l'homme de prendre conscience de Dieu, c'est son
désir de contrôler, ainsi que l'oubli, causé par le mental. Être
musulman signifie « lâcher le contrôle ». Le prophète Mahomet a dit
qu'il y a « des milliers de voiles entre nous et Dieu. Parfois
cependant, les voiles s'écartent, il y a des moments d'éveil où on
peut voir le soleil ». La présence divine se manifeste à travers
tous les êtres, pour nous permettre d'avancer. Quand un musulman
fait un acte, il dit toujours " Bismillah " (au nom de Dieu :
j'agis au nom de Dieu qui m'a confié cette terre pour en prendre
soin), puis ensuite il doit ajouter : Inch Allah (« si Dieu le veut »,
car ultimement le résultat dépend de Lui).
\Vrisakriti
mit l'accent sur la connaissance descendante et le fait « de
percevoir Dieu à travers les Ecritures » (sastra caksu) nos
yeux et nos sens mortels ne pouvant L’appréhender directement. Il
souligna que les textes sacrés vaishnavas (sâstras) décrivent
trois aspects à la réalisation de Dieu : d’abord le Brahman
impersonnel, le Paramâtma localisé dans le cœur de chacun et
finalement Bhagavan, la Personne Suprême, dotée de toutes les
opulences à un niveau infini et vivant éternellement en Son Royaume
spirituel où Il Se divertit avec ses dévots et amis. Le Vaishnavisme
est plus qu'une religion, c'est une science spirituelle, qui apporte
beaucoup d'informations sur Dieu, Ses énergies et Ses
manifestations. C’est une part importante du « patrimoine spirituel
de l’humanité » dont chacun, sans renier sa foi d’origine, peut
prendre avantage pour avancer vers une meilleure connaissance de
Dieu. Il décrivit ensuite la bhakti - le service d'amour
offert à Dieu - comme étant l'occupation éternelle de l'âme, "
bhakti " venant de la racine sanskrite bhaj, qui indique le
fait de donner et de recevoir en retour, dans une relation
affective. Et il termina par une requête auprès des autres
intervenants pour qu’ils dépassent l’idée communément admise qu’il
n’y aurait que … trois monothéismes et
trois religions du livre, quand à la
fois le culte pluri-millénaire à Krishna et nos écrits sacrés
comptent parmi les plus anciens de la planète, ce qui fut accueilli
favorablement par chacun.
Sabine Le Blanc évoqua
ensuite « Dieu en ce monde » par le biais de la métaphore de
l'enfantement, introduisant ainsi le thème du féminin, trop souvent
négligé dans les religions patriarcales. Dieu est Père et Mère ;
la Shekinah parle de la présence divine au féminin. L'Adam
originel est un être complet qui unifie le masculin et le féminin,
et les harmonise. L'homme (et la femme) doit redevenir l'homme
originel, un enfant avec un regard neuf, pas encore abîmé par l'ego,
l'illusion et les déceptions. C'est une vision pauvre de croire que
nos épreuves sont « une punition de Dieu », alors qu'elles sont une
rectification destinée à nous aider à nous enfanter
nous-mêmes. Selon elle, il y a trois niveaux de conscience de
l'humanité : la Loi (Moïse), l'Amour (Jésus) et la purification
intérieure (Mahomet). Puis elle se référa au livre " Sous le soleil
de Satan ", où l’auteur écrit que « parce que les hommes se sont
sentis indignes de l'amour de Dieu, ils ont choisi Sa haine ».
YOlivier
Sayadi, juif messianique féru du dialogue interreligieux, était plus
intéressé sur la façon pour les hommes de créer des liens entre eux,
en mettant Dieu au centre. Il mit en lumière une contradiction
existante dans le cœur des gens : ils ont besoin du religieux et du
spirituel, mais en même temps, ont souvent peur que ces derniers se
manifestent dans la sphère publique. Le fidèle peut ne pas terminer
le travail spirituel qui lui incombe, mais il doit s'inscrire dans
une continuité entre le passé et le futur. Il doit faire en sorte
que le monde futur (spirituel) advienne ici-bas, en ce monde. Les
religions doivent s'efforcer de résoudre les problèmes du monde,
tels que l'écologie, les guerres et les multiples tensions,
etc. C'est à ce moment-là que Cédric, résident de la Nouvelle
Mayapura, très " hairy Krishna " (avec ses cheveux style rasta)
présenta une brochure sur le végétarisme faite par un groupe
chrétien ; selon eux, si plus de gens adoptaient ce choix de vie il
serait facile de résoudre nombre des problèmes majeurs de notre
temps : la faim dans le monde, la violence, les dégâts causés à
l’environnement, etc. Ce qui provoqua un brin d’irritation chez
certains, ce débat étant pour eux un peu … hors-sujet dans ce
contexte. Dans le courant de l'après-midi, Mathura Vrindavana fit
une suggestion très pratique qui améliora la dynamique du groupe
pour le restant de la rencontre en proposant de former « un cercle »
incluant les conférenciers et le public, effaçant ainsi la
distinction entre ceux qui faisaient des présentations et ceux qui
les écoutaient où posaient des questions. Après quoi le nombre des
interventions augmenta, ce qui enrichit d’autant les échanges et qui
rapprocha les divers participants.
VVers
les 16 h arriva un autre intervenant, le Père Pascal Plouvin, prêtre
catholique à Buzançay, une petite ville distante de 30 kms. Le
Messie, dit-il, est venu d'une façon attendue et inattendue en même
temps. Dieu s'est adapté à nous pour que nous puissions nous adapter
à Lui. Il parla de la présence de Dieu dans l'Eucharistie, lorsque
deux ou trois croyants sont réunis en son Nom, et aussi dans l'icône
ou l'image.
\Bien
que Vrisakriti ait présenté de façon experte maints aspects de la
philosophie de la Conscience de Krishna, en s’appuyant sur des
passages de la Bhagavad-gita, je restais un peu sur ma faim, car
j'aurais désiré qu'il parle d’un aspect spécifique du Vaishnavisme,
la présence de Dieu dans l'arca-vigraha, les mûrtis sur
l'autel. Il m'invita plutôt à en parler moi-même, ce qui m'enchanta.
Finalement j'avais l'occasion de présenter des éléments très
concrets et palpables, quoique en général mal compris du public, sur
la présence de la Personne Suprême dans une forme que l'on peut
voir, toucher, habiller, nourrir, etc.
Je décrivis comment cette
forme, apparemment matérielle, ne l'est pas, et qu'en fait Elle
agit. Il se passe des choses mystiques sur l'autel quand on offre à
Krishna une assiette de riz brûlé et qu'on la retrouve renversée,
quand on Lui sert un bol de dahl (soupe au soja) et
que la moitié a disparu, ou quand on ne donne qu'une part de gâteau
à deux mûrtis et qu'on les retrouve recouvertes de miettes et de
crème, comme si elles S'étaient disputé le seul morceau
délectable ! Comme l'avait dit notre ami Soufi, Dieu est évoqué à
travers Ses attributs, qui sont contenus dans Ses 99 saints Noms, le
Sage et le Puissant en même temps, la Lumière, le Réel, le
Clairvoyant, etc. Je constatais que ces fervents croyants des autres
traditions évoquaient eux aussi les attributs de Dieu, Ses qualités,
et même certaines parties de Son corps, sans cependant franchir le
pas et parler de Sa forme et de Sa personnalité. J'avais moi aussi
envie d'enlever quelques voiles, et même si mes récits furent
perçus par certains comme " folkloriques ", ils eurent le mérite de
susciter le désir d'avoir le dimanche un débat sur l'idolâtrie, qui
fut d'ailleurs très intéressant.

Un
peu après 17 h, alors que les rideaux de l'autel étaient ouverts et
qu'Adishekar chantait un maha-mantra mélodieux pour le
plaisir des mûrtis, le groupe d'intervenants et de participants fut
invité à se rendre dans le Temple, où ils virent les Formes
merveilleuses de Dieu et de Ses compagnons, même s'ils ne purent pas
encore pleinement saisir cette « présence réelle » de Dieu, pourtant
manifesté ainsi au regard de tous. De retour dans le salon, un
dialogue animé continua jusqu'aux alentours de 19 h. À un moment
donné, les deux intervenants juifs s’étant engagés dans une sorte
d'argument, chacun défendant avec fougue son opinion, quelqu'un mit
une touche d'humour en citant un dicton célèbre : « deux juifs,
trois opinions ! » ce qui fit bien rire l’assemblée. Le prasadam
du soir mis tout le monde d’accord : sous cette forme, Krishna
satisfait tout le monde, qu’il soit croyant ou pas !
Ce n'est qu'un au revoir, mes frères ...
Après la visite du Temple
la veille, assez surprenante pour plusieurs des intervenants, il
était utile de revenir sur ce sujet pour expliciter notre façon
d’adorer Dieu en Le servant de façon très proche et très
personnelle sur l’autel. La rencontre du dimanche commença donc
par une longue discussion sur le thème de « l'idolâtrie ». Notre ami
musulman en donna une définition simple : « Allah signifie à la fois
le vrai et le réel, et l'idolâtrie est tout ce qui se situe en
dehors de la réalité, y compris nos conceptions mentales. Toute
conception de Dieu est idolâtre quand elle n'est pas expérimentée !
La première chose que fit le prophète Mahomet en allant reconquérir
Médine fut d'aller casser toutes les idoles de la Kabbah car,
dans le temple de Dieu, on ne peut L'adorer avec d'autres
dieux ». Je profitais de cette référence pour introduire le point de
vue de la Bhagavad-gita et du Vaishnavisme, pour qui l'idolâtrie
signifie aussi adorer quelqu'un d'autre que Dieu, la Personne
Suprême et repris quelques points faits par Satyaraja dasa dans un
excellent article, traduit en français, sur ce sujet et dans lequel
il démontre, avec force citations bibliques à l'appui, que Dieu ne
condamne pas le fait de L’adorer dans Sa forme originelle et
transcendantale. Pourquoi la Bible rendrait-elle à ce point les
lecteurs confus en présentant de façon répétée un Dieu ayant une
forme, si en réalité Il n'en a pas ? Il s'agirait là d'une métaphore
des plus dangereuses. Les mystiques de toutes les traditions
religieuses admettent l'existence de la forme de Dieu, même sans en
donner une description détaillée. Olivier Sayadi intervint alors
pour avouer avoir été choqué, la veille, en entendant dire qu'on
donnait à manger à Dieu, qu'on L'habillait, etc., ce qui pour lui
exprimait la tendance anthropomorphique à vouloir concevoir Dieu de
la façon dont on perçoit l'homme. Il dit qu'on pouvait passer de
l'adoration à l'idolâtrie, et inversement. Selon le Talmud, si l’on
voit un idolâtre prier son idole, il convient de le laisser faire,
mais ensuite d’en discuter avec lui. Pour Maimonide, l'idolâtrie est
présente lorsqu'on prend un moyen pour un but ; d’après ce grand
penseur, lorsqu'on s'attache à une forme matérielle, ou même
spirituelle, on est dans l'idolâtrie et on ne progresse plus. Mais
si le moyen et le but étaient la même chose, suggéra quelqu'un ? Je
profitais de la courte pause qui s’ensuivit pour distribuer à la
cantonade l'article de Satyaraja, que j’avais au préalable pris la
peine de photocopier.
\Vrisakriti
expliqua ensuite que Dieu Se révèle dans Sa forme
et à travers Ses
différents Noms ; il cita plusieurs versets de la Bhagavad-gita, en
particulier
les versets 5 et 6 du chapitre II, où Krishna précise que le
chemin de l'impersonnaliste
- celui qui s'attache au non-manifesté - est une voie très difficile
pour l'âme incarnée. Madhvacarya posa ensuite une question sur la
transsubstantiation, à laquelle il répondit d'ailleurs lui-même :
« Qu'est-ce qui fait que l'hostie change pendant l'eucharistie ?
L'hostie est tout d’abord une représentation symbolique, tout
comme une idole, puis après l’offrande elle devient … le corps du
Christ !
Il y a alors une magie
transcendantale qui s'opère. Dieu a la capacité de s'incarner dans
l'hostie, ou dans la mûrti ». Martine mentionna qu’avant de pouvoir
recevoir l'Eucharistie (que quelqu'un compara à un zoom pour
percevoir Dieu) un nouveau converti doit suivre une préparation
d’environ un an et demi. Chaitanya Svarupa relata ensuite une
anecdote personnelle qui se produisit il y a quelques années avec
les mûrtis du temple de Paris. Étant alors pujari, c’est lui
qui assurait l'offrande de midi aux mûrtis, or un jour il advint
qu’il oublia de Leur servir le mets principal, le subji (une
sorte de ratatouille de légumes) et lorsqu’il s’en aperçut, il n'en
parla à personne. Le lendemain le chef pujari vint le voir et
lui raconta son rêve, dans lequel Krishna lui était apparu pour lui
dire qu'Il avait faim, car la veille Il n'avait pas eu son subji» !
Alors comment, dans ces conditions, peut-on encore croire que ces
mûrtis ne sont que de simples « statues », des représentations
symboliques, dénuées de vie ?
YPour
la dernière partie de la rencontre, deux membres de la Tribu
d'Israël se joignirent à nous, Israël et son épouse Myriam. Le thème
initialement prévu pour la discussion du dimanche matin : « Chaque
bébé humain est un fidèle potentiel de chaque religion », fut
quelque peu contesté et reformulé, mais il donna néanmoins lieu à
des échanges intéressants sur l'importance de la famille et
l'exemplarité des parents, car l'enfant perçoit tout d'abord Dieu et
le divin dans le comportement de ses parents ; étant un radar de
vérité, l'enfant capte facilement l'hypocrisie des adultes. Les
participants parlèrent du rôle de l'éducation, de l'importance de
donner une formation religieuse à l'enfant, tout en lui faisant
connaître et respecter d'autres traditions religieuses et en lui
laissant le choix de sa propre voie. Quand l'enfant naît, dit
Olivier, il porte en lui toutes les possibilités pour être « un
messie » et devenir un homme universel.
À
13h 30, Raymond amena la conclusion de la discussion … et du
week-end, par une petite prière et il remercia chaleureusement les
intervenants qui devaient rentrer sur Paris, après le dernier
partage de prasadam. Les échanges amicaux continuèrent encore
pendant le repas et se lever pour repartir vers la capitale (et les
bouchons du dimanche soir) leur demanda un effort particulier. Une
rencontre n'étant jamais complète sans sa photo de groupe, celle-ci
fut prise au soleil, devant les jardins.
Tous étaient très
satisfaits de cette rencontre, des liens de fraternité s'étaient
établis et ce fut la première Rencontre Interreligieuse dans le
Berry où les dévots de Krishna purent présenter le Vaishnavisme à
leur pleine satisfaction. Finalement on ne parla que fort peu de la
présence de Dieu … dans l'autre monde, ce qui pourrait donc
servir de thème … à une prochaine rencontre !
V
Y
Z
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